La Guerre de Trente Ans : La Fin ?
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La Guerre de Trente Ans : La Fin ?

janvier 10, 2026
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Lors de la Guerre de Trente Ans qui s'est déroulée en Europe entre 1618 et 1648, des millions de personnes ont perdu la vie ; elle s'est achevée par les Traités de Westphalie et, jusqu'à la Première Guerre mondiale, elle était considérée comme la guerre la plus destructrice de l'histoire. En comparaison de ce conflit bref et marginal, une « guerre des contrats » se livre en Israël depuis 30 ans (depuis le 06.04.1995), une guerre sans compromis et dépourvue de traités de paix, entre la Knesset et la Cour suprême, et au sein même de la Cour. En janvier 2026, cette guerre a peut-être touché à sa fin avec une déclaration de victoire du gouvernement accompagnée de fanfares triomphales.

Comment interprète-t-on un contrat ? La réponse simple est: selon ce qui y est écrit, c'est-à-dire le libellé du contrat. Ce n'est que lorsque le libellé du contrat est lacunaire ou obscur que l'on tente de retracer l'intention des parties en examinant également les circonstances extérieures. Cette réponse intuitive correspondait également à la manière dont les tribunaux appliquaient la disposition d'interprétation de la Loi sur les contrats depuis sa promulgation en 1973 jusqu'en 1995.  En 1995, la Cour suprême a statué dans la jurisprudence Apropim qu'il fallait examiner conjointement le libellé et les circonstances. Elle a établi que, même si le libellé est clair, on peut préférer la manière dont le juge interprète l'intention des parties plutôt que le libellé du contrat. En d'autres termes, le tribunal peut interpréter un contrat selon sa propre compréhension de l'intention des parties, et ce, même en contradiction avec le libellé du contrat. Autrement dit : une condamnation à mort pour la sécurité juridique contractuelle en Israël.

Après de nombreuses critiques publiques et universitaires, et dix ans plus tard, l'occasion s'est présentée d'annuler la jurisprudence Apropim.  Cependant, à sa place, une formation élargie de la Cour Suprême ne l'a que légèrement modérée en déterminant que le libellé du contrat est l'indice de l'intention des parties.  Les arrêts ultérieurs ont eu tendance à donner la priorité au libellé sans équivoque d'un accord, mais dans la pratique, ils n'ont pas apporté de réponse claire à l'incertitude, se contentant de changer la question de "Quel est le résultat que voudra le juge ?" à "Qui sera le juge ?".  La guerre a continué jusqu'à ce que la Knesset décide en 2011 d'amender la Loi sur les Contrats et de préciser que le libellé du contrat est déterminant seulement pour que la Cour détermine que, malgré l'amendement de la loi, la doctrine Apropim restait en vigueur. Ces dernières années, la Cour Suprême a, dans la pratique, annulé la doctrine Apropim dans l'arrêt Bibi Roads fin 2019.  Il y a été déterminé que, dans le cas d'un contrat commercial entre des parties sophistiquées (averties) et représentées, le libellé du contrat est le déterminant exclusif, contrairement aux contrats personnels entre individus sans représentation juridique. De nombreux arrêts ultérieurs ont consolidé cette jurisprudence et, dans la pratique, on pouvait clairement affirmer que la doctrine Apropim - du moins en ce qui concerne les contrats entre parties sophistiquées et représentées - avait disparu.

Tout cela prévalait jusqu'à ce que le gouvernement annonce, en janvier 2026, avoir réussi à vaincre le système judiciaire par le biais d'un amendement supplémentaire à la Loi sur les contrats (dans le cadre de la révolution judiciaire que le gouvernement s'emploie à mettre en œuvre). Et que stipule cet amendement ? Pour l'essentiel, il reprend la jurisprudence Bibi Roads, telle qu'elle est appliquée depuis 6 ans, et précise que les parties elles-mêmes sont libres de déterminer dans le contrat la manière dont celui-ci sera interprété.

Alors (en mettant de côté les guerres inutiles et médiatisées), quelle est la situation juridique en Israël concernant l'interprétation des contrats au début de 2026 ? Assez identique à la situation qui prévalait fin 2025, avec la précision que les parties peuvent déterminer elles-mêmes la méthode d'interprétation du contrat (chose qui s'applique de toute façon si l'on respecte le libellé du contrat et que celui-ci est rédigé de manière professionnelle).  Surtout à l'ère de l'IA, où il est possible de générer des accords via une simple requête sur Internet, il est primordial d'être représenté par un avocat expert dans le domaine. Il ne faut pas se contenter d'un avocat manquant d'expérience en la matière, car en fin de compte — et certainement entre parties sophistiquées — à l'importance de la rédaction des dispositions du contrat s'ajoute la capacité, grâce à une rédaction prudente et professionnelle, de déterminer leur mode d'interprétation. Une mauvaise rédaction risque d'entraîner des résultats que les parties n'avaient pas envisagés.