On dit souvent que le rêve ultime de toute mère juive est que son fils devienne médecin ou avocat. La mère du moteur de recherche Google (si tant est qu'elle soit juive) doit être très fière de lui, car, pour une raison obscure, beaucoup sont convaincus qu'il n'est pas seulement médecin, avocat et expert en presque tout, mais qu'il sait aussi rédiger des contrats de mariage (ou accords prénuptiaux). Il s'agit pourtant d'un sujet extrêmement complexe nécessitant de longues années de formation dans divers domaines. Malgré cela, les couples avant le mariage pensent parfois qu'une simple recherche sur Internet peut remplacer un professionnel chevronné.
Imaginez la scène : un couple souhaite se marier, mais l'un d'eux possède un appartement (ou un autre bien). Pour éviter les pressions familiales, ils décident de signer un contrat de mariage "simple" (et bon marché...). Ils effectuent une recherche en ligne, trouvent un modèle d'accord et se tournent vers un notaire uniquement pour la signature (ou peut-être s'adressent-ils à un notaire qui a lui-même de l'expérience en recherche Google et en téléchargement de modèles...), au lieu de consulter un expert du domaine qui pourrait leur facturer un peu plus.
Cela semble ridicule dit avec un tel cynisme, mais en tant que notaire traitant également la ratification de contrats de mariage (et doté d'un certain cynisme parfois), je dois souvent expliquer aux couples que le "merveilleux" document qu'ils ont apporté pour économiser des frais n'est pas un document que je signerais moi-même...
Si le contrat de mariage est souvent source de frictions lorsqu'il est exigé par l'une des parties (ou, bien souvent, par un parent) avant le mariage, c'est aussi un outil crucial pour prévenir les conflits futurs (il est donc conseillé qu'il règle également les questions d'une éventuelle séparation et de la garde des enfants dans un tel cas). Dans de nombreux cas, les clauses inscrites dans l'accord ne refont surface que lorsque la relation bat de l'aile, des années plus tard, au décès de l'un des conjoints ou lors de la rédaction d'un testament. Une fois le conflit éclaté, il est très difficile d'examiner rétrospectivement quelle était l'intention des parties (les circonstances ayant pu changer considérablement entre-temps), et un accord mal rédigé peut provoquer précisément le conflit qu'il était censé prévenir.
Selon la loi israélienne, le rôle du notaire (ou du tribunal – lorsque l'accord est conclu après le mariage, ou dans le cas d'un accord de vie commune si les parties ne veulent pas ou ne peuvent pas techniquement se marier selon la loi israélienne, comme les couples homosexuels) n'est pas de fournir un conseil juridique aux parties.
Dans une affaire jugée par le Tribunal des affaires familiales de Kiryat Gat en février 2024, une femme a prétendu (17 ans après la signature de l'accord financier) que le notaire ne l'avait pas suffisamment avertie de la signification de l'accord. Le tribunal a clarifié que le notaire n'est pas tenu d'avoir une expertise quelconque en droit de la famille et que son rôle se limite à vérifier que la signature est faite de plein gré et en comprenant la portée de l'accord. Dans ce cas précis, le jugement détaille que le notaire n'avait pas préparé l'accord, mais que celui-ci avait été rédigé par un avocat qui s'avérait être l'ancien commandant du mari à l'armée – pas forcément la qualification adéquate pour rédiger des contrats de mariage.
Ainsi, tout comme on ne cherche pas sur Internet "comment opérer soi-même à cœur ouvert avec un miroir et un tournevis" en cas de problème cardiaque, on ne télécharge pas un modèle de contrat de mariage ou d'accord de vie commune sur Internet. On s'adresse plutôt à un notaire expérimenté dans la rédaction de tels accords et, si l'accord concerne également des participations dans des sociétés ou des entreprises, à un expert en la matière.
Comme dans tout domaine juridique complexe, et certainement en raison de la sensibilité du tissu familial, une économie réalisée lors de la signature d'un contrat de mariage ou d'un accord de vie commune risque de causer des conflits futurs qui nuiront précisément à ce que l'accord était censé protéger : la famille.

