Certes, l'examen des annexes à la déclaration d'Abu Khalifa témoigne apparemment du fait que les coupures de papier ne lui ont pas été présentées, pour une raison quelconque, lors de son interrogatoire par la police, et qu'Abu Khalifa n'a donc pas explicitement nié tout lien avec lui. Cependant, si la défense avait cherché à étayer l'affirmation selon laquelle le coupure de papier appartenait à Abu Khalifa, elle aurait eu le droit de lui présenter le document et de demander sa réponse lorsqu'il comparaîtrait au tribunal. Quoi qu'il en soit, bien que le prévenu dispose d'un large corpus de preuves le liant aux actes détaillés dans l'acte d'accusation, il n'existe aucune preuve liant Abu Khalifa à ces actes, et l'absence de son déni explicite de tout lien entre lui et l'article de presse ne sape pas le lien étroit entre l'accusé et le document mentionné ci-dessus.
Si l'on revient maintenant à l'ensemble des preuves, alors en plus de la confirmation générale que le prévenu a donnée concernant tous les autres documents saisis, chaque fois qu'on lui présentait le papier, qui avait été saisi dans le cadre de cette même collection de documents, le prévenu niait tout lien et affirmait que le document ne lui était pas connu et qu'il ne savait pas comment il avait trouvé Mazda. C'était aussi sa position dans le cadre de son témoignage au tribunal [ibid., pp. 483, 582-586]. L'équipe d'enquête a bien sûr cherché à examiner le lien entre l'accusé et l'écriture sur le découpage de papier, et ainsi, lors de l'interrogatoire, on lui a demandé d'écrire de sa propre main les lettres et numéros qui lui seraient dictés, mais le prévenu a refusé, insistant sur son refus même après qu'on lui ait expliqué que le manque de coopération pourrait renforcer les preuves contre lui [P/152 aux pages 6-7]. Le défendeur n'a rétracté son refus qu'après avoir reçu l'article de papier [ibid., p. 9], mais est revenu à son refus lors de l'interrogatoire suivant [P/156 à p. 38].
Lorsque le défendeur a refusé de fournir des échantillons du manuscrit pour comparaison, le coupure de papier a été envoyé à un laboratoire de documents médico-légaux, où l'experte Gabi Ariel a été chargée de comparer le manuscrit sur le coup de papier et une collection de documents saisis lors d'une perquisition au domicile du prévenu, que les enquêteurs ont supposé être écrits, presque tous, de la main du prévenu. Entre autres, un journal bleu, un chéquier, un carnet de reçus et un carnet de factures ont été envoyés à des fins de comparaison. Cependant, l'examen de tous ces exemples pour comparaison a révélé, selon l'avis de l'expert, que les échantillons contiennent divers manuscrits, et que l'absence d'exemples dictés contenant le contenu exact des dessins contestés, ainsi que la multitude de manuscrits dans des échantillons aléatoires, constituent une limitation dans l'examen. Dans ces circonstances, une comparaison fut finalement faite avec seulement deux exemplaires originaux, un reçu et une facture des livres saisits, dans lesquels le manuscrit était uniforme.